Le scénario d’une série vaut-il un succès ?

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Les séries américaines sont chaque année les victimes de critiques plus ou moins justifiées. Certains mettant souvent en avant le scénario de celles-ci. Pour les plus chanceuses, les scripts sont excellents et ravissent public et critique, parfois ce n’est que la critique qui adhère et le public délaisse. Mais les plus malheureuses auront droit à des critiques virulentes, descendant souvent un scénario mal construit, pas très clair et pas très ambitieux. Pas moins d’une centaine de nouvelles séries apparaissent chaque année sur les écrans américains et pourtant, très peu arrivent à satisfaire par leur scénario. Alors pourquoi ? Pourquoi une série, qui est en principe le fruit de l’imagination d’un créateur et le fruit de son travail, n’arrive pas à séduire pleinement.

Ces dernières années, les saisons n’ont pas été très fructueuses en termes d’originalité mais l’on peut dire que certaines s’en sont pleinement sorties grâce à un scénario ambitieux et ambivalent. On peut parler de 24 heures chrono par exemple, qui, durant huit années, aura eu une constante qualitative assez impressionnante et une facilité à se renouveler déconcertante. Il s’agit d’un exemple mainstream parmi tant d’autres, mais c’est assez frappant car chaque saison racontait une toute nouvelle histoire avec le même héros. Cela peut paraitre facile, mais un autre exemple de série de qualité dite de « network » (grandes chaînes américaines et gratuites) peut être cité : A La Maison Blanche. Créée par Aaron Sorkin, il s’agit d’une des séries les plus récompensées et son créateur est encore aujourd’hui l’un des plus respectés de son domaine. 

Je pense qu’avec ces exemples, on a deux séries qui ont toujours su satisfaire le public sans dérailler et plonger dans le scénario lancinant et facile (même si certains s’accorderont à dire que la saison 6 de 24 heures chrono est très loin d’être un modèle). Ces dernières années, les networks américains on pu voir apparaitre The Good Wife, certainement la meilleure série judiciaire de l’histoire des séries depuis la très bonne The Practice de David E. Kelley, autre grand créateur américain respecté par ses pairs. The Good Wife est une réussite puisque son scénario ne compte pas uniquement des histoires judiciaires mais il va bien plus loin : drama familiaux, mystères, amour, thriller, politique, … Tous les ingrédients sont réunis pour en faire une réussite.

Il en a fallu peu pour que les grandes cérémonies de récompenses tentent de mettre la main sur le succès de la série. Le bon scénario ce n’est pas qu’une question de drama (les séries au format 42 minutes). Cela peut aussi être des comédies. Je pense que l’on peut aisément citer Friends. Grand succès public mais aussi critique. Je n’ai pas de souvenir d’une seule critique négative envers cette sitcom, devenue culte au fil des années et sûrement à l’origine de la nouvelle vague de comédies dites de « potes » qui débarquent chaque années sur les écrans américains. Les comédies sont souvent pleines de bonnes surprises critiques comme The Office (US). Personne n’aurait donné cher de la peau de cette sitcom, remake d’une série anglaise, lors de son lancement et pourtant…

Elle est devenue une vraie panoplie de la pop-culture et l’une des pionnières de ce genre là. Dans un genre similaire, je peux citer Parks & Recreation, grande série comique ayant révélée Amy Poehler dans un rôle très différent de celui qu’elle pouvait avoir dans le Saturday Night Live (émission comique américaine du samedi soir diffusée sur NBC). Dans les plus récents, je pense pouvoir citer sans grand problème Modern Family, succès critique avant d’être un grand succès public. Il s’agit maintenant de l’une des sitcoms numéro 1 aux États-Unis et c’est amplement mérité. Mais les comédies ont ces dernières années le vent en poupe et réservent souvent de très bonnes surprises. Je pourrais aussi citer New Girl (avec Zooey Deschanel), une sitcom pimentée au regard maladroit sur la société et sur l’amitié, Happy Endings (avec Elisha Cuthbert), une comédie frivole et boursoufflée de la vie d’une bande d’amies à New York (qui a encore parler de Friends ?).

Si l’on remonte le temps, on peut retrouver des panthéons de la comédie, dont certains ne sont même pas connus en France comme Seinfeld que l’on peut facilement classer parmi les meilleures séries comiques de tous les temps. De même que sa petite sœur, plus crue et avenante (car diffusée sur HBO) : Curb Your Enthusiasm connue en France sous le doux nom de Larry et son Nombril. Et justement, le câble a bon dos. Alors que les téléspectateurs américains délaissent petit à petit les grands networks et la télévision pour des bouquets de chaînes multiples et une offre plus divertissante et diversifiée, certaines chaînes câblées ont alors vu un bon filon à exploiter : les créations originales.

HBO est l’une des pionnières de ce domaine, lançant depuis les années 80 tout un nombre de séries dans des formats différents. Si l’on devait parler de séries qui ont réussies grâce à leur scénario, je pense que l’on peut prendre l’exemple le plus flagrant : celui des Sopranos. Assez peu connue en France, elle est pourtant encore pour beaucoup l’une des meilleures séries, tous genres confondues, de tous les jours. Je suis plutôt d’accord avec ce fait étant donné qu’elle reste pour moi une série âpre et ordonnée, sur un monde mafieux que l’on ne connait pas forcément très bien. On peut aussi citer la grande Sex & The City, qui a elle aussi réussie une poussée dans les critiques (de même qu’une poussée dans un succès public qui dépassera les frontières américaines). Comédie acide sur le sexe et comment une bande d’amies appréhende la vie à Manhattan. 

Les grands fans de séries pourraient parler de deux autres séries de HBO qui ont marqué les années : The Wire de David Simon (créateur dernièrement de Treme qui n’aura été qu’un succès critique, malheureusement) et Six Feet Under d’Alan Ball (créateur dernièrement de True Blood bien trop critiquée pour ses scénarios pour parler de justification de son énorme succès public). Ces deux séries ont apporté quelque chose au monde des séries qu’il n’y avait pas. La première cette vision d’un Baltimore dans lequel on aimerait sûrement jamais mettre les pieds et l’autre, racontant de façon difficile mais belle la vie et la mort au sein d’une famille de croque-morts. Évidemment, ce ne sont pas les seules bonnes créations de HBO (Oz, et dernièrement Game of Thrones grand succès critique et devenue l’une des séries les plus téléchargées, Boardwalk Empire, etc…). 

Le câble américain ce n’est pas uniquement HBO, c’est aussi un nombre incalculable d’autres choses comme AMC ayant offert au monde l’un des meilleurs dramas de ces dernières années : Mad Men. Succès critique (et accessoirement public même si l’on s’entiche à dire que beaucoup disent la regarder juste pour dire qu’ils la regardent), Mad Men est devenue au fil des années une référence dans le monde des séries. Racontant les aventures d’un publicitaire, Don Draper, la série va bien plus loin que son simple héros en dépeignant un féminisme dans un monde pourtant masculin (à l’époque les femmes n’étaient pas les grandes femmes d’affaires) en pleine mutation de la société. 

On peut également parler de Breaking Bad. Elle n’est pas forcément un immense succès public (les audiences sur AMC peuvent en témoigner), mais elle reste l’une des plus belles découvertes de ces dernières années. Jonglant entre comédie et drama dur et froid, cette série aura surtout séduit pour son réalisme exacerbé. Le câble américain fait petit à petit son trou, à coup de créations osées comme Dexter mettant en scène un tueur en série. C’est la première fois qu’un tel personnage était le héros d’une série. Les exemples de bonnes séries ne désemplissent pas, mais les bons exemples de séries ayant réussies grâce à leur scénario, c’est de plus en plus difficile à trouver. 

Maintenant, un nom au haut d’une affiche suffit à vendre une série. Comme ceux des grands producteurs comme Steven Spielberg à la tête d’un trio médiocre Falling Skies, Smash et Terra Nova. Ou encore J.J Abrams, grand créateur du trio Alias, Lost et Fringe, trois phénomènes plus publics que critiques, ces derniers étant souvent divisés sur la qualité des scénarios de ces trois séries. Le scénario a t-il donc encore son importance sur les grandes chaines américaines ? C’est ce que tente de croire NBC, ayant perdue son statut de chaîne numéro une, et tente de se faire chaîne de la qualité en développant des séries comme la magnifique Parenthood, chronique familiale teintée de drama et créée par Jason Katims à qui l’on doit la grande Friday Night Lights, répondant elle aussi aux critères de la série à succès public et critique. 

Au final, j’ai tenté de vous offrir une liste (non exhaustive) de séries étant devenues des succès publics grâce à leurs scénarios. Les critiques ne sont jamais tendre avec bon nombre de séries, parfois à tord, parfois à raison, mais je pense que l’on peut se mettre d’accord sur la qualité de toutes celles citées plus haut. Même si l’on trouve de meilleures œuvres sur le câble, les networks ne sont pas en reste et attirent eux aussi les grands noms comme David Lynch dans les années 90 pour ABC avec Twin Peaks. Si vous n’avez pas encore découvert les séries que je vous ai cité, il est peut être temps d’en tenter quelques unes.

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